OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Expertise judiciaire sur GPS http://owni.fr/2011/04/07/expertise-judiciaire-sur-gps/ http://owni.fr/2011/04/07/expertise-judiciaire-sur-gps/#comments Thu, 07 Apr 2011 14:46:36 +0000 Zythom http://owni.fr/?p=55614 Nous utilisons de plus en plus d’appareils qui tracent nos déplacements, en toute connaissance de cause, mais parfois aussi à notre insu.

J’ai découvert récemment dans un article que certains systèmes GPS d’information de trafic routier utilisent le fait que, même en veille, nos téléphones mobiles se signalent aux bornes du réseau. Une accumulation anormale de téléphones sur une route signifie donc un bouchon, information que l’on peut relayer aux abonnés à ces systèmes d’alertes routières. Sans le savoir, vous contribuez au fonctionnement de ces systèmes.

Dans le cadre d’une affaire de grand banditisme, une expertise judiciaire a été ordonnée sur le système GPS d’une des voitures saisies. Voici son histoire.

Certaines voitures haut de gamme disposent d’un système GPS intégré. Il s’agit ici d’un GPS comprenant un disque dur. Les OPJ ayant placé ce disque dur sous scellé, me voici avec une analyse hors du commun. Je contacte le magistrat en charge du dossier. Celui-ci me rassure, il dispose de suffisamment d’éléments. L’expertise est demandée en complément, au cas où… Me voici donc avec un disque dur à analyser, mais sans le mode d’emploi détaillé, si je puis dire.

L’OS propriétaire, caillou dans la chaussure de l’expert

Mon premier réflexe est de procéder à une copie bit à bit du disque dur, en utilisant les outils qui me servent pour mes autres expertises judiciaires : bloqueur d’écriture, création d’une image numérique fidèle (tenant compte des éventuels secteurs défectueux du disque) et analyse de celle-ci. Seulement voilà, le disque dur est formaté avec un format propriétaire inconnu par mes outils d’analyse. Pas d’analyse possible à mon niveau… et aucune information exploitable pour l’instant.

Démarre alors une après-midi de coups de téléphone. Tout d’abord à l’OPJ pour qu’il me donne plus de détails sur la marque et le modèle du GPS. Des coups de fils au distributeur français, au sous traitant allemand, au distributeur “Europe”. Après moultes musiques d’attente, de rappel à cause de réunions, de filtres de secrétaireries, j’arrive au sésame de tout expert judiciaire (comme de toute personne appelant à l’aide un support): une personne compétente techniquement au bout du fil.

Après plusieurs jours de négociations, d’explications, d’échanges d’emails, nous convenons de la procédure suivante: j’amènerai moi-même à la structure technique parisienne le disque dur pour qu’il soit analysé en ma présence via une procédure interne spéciale propre au constructeur. Sous le sceau de la confidentialité.

Le jour J, me voici dans un petit local de banlieue, accueilli par un technicien attentif. Je lui explique les conditions dans lesquelles je souhaite que soit effectuée l’opération, je lui fournis mon bloqueur d’écritures et le disque dur. Il place le tout dans un système d’analyse propriétaire qui effectue la lecture complète des données du disque dur. Il m’explique que le GPS embarqué effectue environ une mesure par seconde et la stocke sur le disque dur considéré comme une bande sans fin. Je ressors de là avec un fichier Excel contenant toutes les mesures (et bien sur le disque dur remis sous scellé).

Me voici de retour chez moi avec un ensemble de coordonnées GPS codées en dégrés décimaux WGS84 (World Geodetic System 1984) et un ensemble de conseils précieux fournis par le technicien “faites bien attention lors de la conversion si vous comptez utiliser des cartes pour y placer les points”.

C’est effectivement assez délicat de passer de celles-ci à mes habituelles coordonnées LAMBERT (utilisées en spéléo avec les cartes IGN d’état major) au format sexagésimal (base 60).

Google Earth pour enquêter

J’ai donc eu l’idée d’utiliser Google Earth qui utilise une projection cylindrique simple avec un plan de référence WGS84 pour sa base d’images. J’ai ainsi pu placer les points de mon fichier Excel sur une carte (après moultes essais, je dois l’avouer). Et étudier les déplacements de la voiture concernée. Et ses arrêts longues durées à certaines adresses. Adresses qui se sont révélées être celles de présumés complices, soit disant inconnus de l’utilisateur de la voiture.

Comme Google Earth n’est pas un logiciel d’expertise (lire les conditions d’utilisation) et ne garantit pas l’exactitude des reports de points, j’ai effectué plusieurs vérifications avec mes cartes IGN pour m’assurer que je ne commettais par d’erreur. J’ai rendu un rapport complet expliquant ma méthode et les adresses des points d’arrêt relevés. Le magistrat au téléphone avait l’air content de mon travail. Malheureusement je ne connais pas les suites données au dossier, étant “expulsé” de la procédure dès le dépôt de mon rapport.

Mais depuis, je ne regarde plus mon téléphone ni mon Tomtom de la même manière…

>> Article initialement publié sur le blog de Zythom

>> Photos FlickR CC Attribution Gary Bridgman, AttributionNoncommercial nicolasnova

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Wikileaks et biologie, utilisation similaire des données? http://owni.fr/2010/12/05/wikileaks-et-biologie-utilisation-similaire-des-donnees/ http://owni.fr/2010/12/05/wikileaks-et-biologie-utilisation-similaire-des-donnees/#comments Sun, 05 Dec 2010 13:40:57 +0000 Roud http://owni.fr/?p=33572 Titre original : Opinion : Wikileaks, biologie des données, émergence

Le journalisme de données et la saga Wikileaks sont la transposition dans la société d’un phénomène récent en biologie : le déluge de données. Quels enseignements tirer de ce parallèle ?

Low-input, high-throughput, no-output biology

Ainsi Sydney Brenner qualifiait-il dans une conférence récente le phénomène de “biologie des données” : en somme, la génération de données brutes ne serait qu’une démarche un peu paresseuse (“low-input’”), coûteuse et n’apprenant au fond pas grand chose de neuf sur la biologie (“no output”). Brenner combat en réalité cette idée que la “science” peut émerger spontanément des données, par une analyse non biaisée et systématique, qu’au fond les données vont générer les théories scientifiques naturellement (et c’est aussi un peu le principe d’algorithmes d’analyse comme Eureka).

Emergence de la connaissance

La démarche de Wikileaks me semble relever de la même tendance : des données brutes et nombreuses, disponibles à tous, va surgir une vérité, obscure dans les détails mais éclatante vue de loin. More is different pour reprendre le titre du papier célèbre du Prix Nobel de physique Phil Anderson. Wikileaks, c’est l’émergence appliquée au journalisme, l’idée qu’un déluge quantitatif va changer la vision qualitative des faits.

Est-ce vrai ? La comparaison avec la biologie de données est éclairante à mon sens. Au-delà des critiques juridiques, sur ce que j’ai entendu, on entend que la majeure partie des mémos de Wikileaks sont sans aucun intérêt, que cette publication met l’accent sur des épiphénomènes ou que les télégrammes qui semblent un peu “croustillants” ne nous apprennent en fait rien de vraiment nouveau ou rien dont on ne se serait douté. Allez dans une conférence de biologie, et discutez avec des critiques de la biologie des données, vous entendrez exactement le même genre de critiques, à savoir que l’analyse est trop simple, biaisée, et qu’on ne trouve rien de vraiment étonnant ou neuf. Bref, dans les deux cas, ce saut qualitatif à la Anderson ne se produirait pas, les données sont jolies mais totalement inutiles au fond.


Le retour de l’expert

Il y a néanmoins une différence de taille : si je vous donne la séquence d’ADN d’un gène, vous n’êtes pas capable de dire ce que ce gène fait dans la cellule, c’est une information intéressante mais dont on ne saisit pas la portée exacte (aujourd’hui en tous cas), tandis que si je vous dis que “Sarkozy est autoritaire et colérique”, d’une part, c’est une information considérée comme signifiante par l’analyste, donc son contenu informatif est maximisé dès la collecte de celle-ci , d’autre part, vous êtes capable de replacer cette donnée immédiatement dans un contexte plus global, repensant au “Casse-toi pauvre con”, à la brouille avec la commission européenne sur les Roms, et plus généralement à sa pratique politique globale.

En d’autres termes, dans le journalisme de données, nous pouvons bien comprendre les sens individuels des atomes de données, mais nous avons déjà une idée de l’image globale, du niveau supérieur émergent, et du coup, nous sommes tout à fait à même de comprendre comment des petits détails deviennent signifiants sur la vision et l’organisation du monde. Dans ce cadre, on a besoin de nouveaux experts, des personnes ayant une bonne maîtrise de ces petits détails, capables de mettre ensemble ce qui est signifiant a priori pour bien nous aider à visualiser cette réalité (cf. cette tribune du Monde signalée par Enro sur twitter).

Où sont ces experts dans la biologie des données ? Ils sont capables de comprendre les petits faits individuels apparemment anodins, de les mettre ensemble dans un cadre plus global, de les faire comprendre à tous par une représentation adéquate. Lisez ou relisez L’origine des Espèces, et vous verrez que c’est exactement la démarche suivie par Darwin. Pense-t-on vraiment que des robots soient capables de faire cela ? Ou n’est-ce pas plutôt le boulot des théoriciens, espèce qui demeure rare en biologie ?

>> Article initialement publié sur Matières Vivantes

>> Illustrations FlickR CC : Garrettc, Elliot Lepers pour OWNI

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N’engagez jamais un expert en réseaux sociaux ! http://owni.fr/2010/08/20/n%e2%80%99engagez-jamais-un-expert-en-reseaux-sociaux/ http://owni.fr/2010/08/20/n%e2%80%99engagez-jamais-un-expert-en-reseaux-sociaux/#comments Fri, 20 Aug 2010 07:00:51 +0000 Tim Baker (trad. Damien Van Achter) http://owni.fr/?p=25445 Traduction libre du billet Never Hire a “Social Media Expert”, publié par Tim Baker sur son blog, repris par Kinesis Momentum

Le “gourou des médias sociaux” est l’une de mes bêtes noires favorites. Le genre de type qui passe sa journée à retweeter des articles de Mashable ou des billets de Chris Brogan et qui est convaincu que ses 40.000 followers font de lui un expert en marketing. Ces gens-là sont dangereux, pour plusieurs raisons mais la principale étant le tort qu’ils font à la notion même de “social media”.

Car, aussi surprenant que cela puisse vous paraître, beaucoup d’entreprises n’ont pas encore saisi l’intérêt des réseaux sociaux. Que ce soit par peur de la perte de contrôle et la conviction qu’il ne s’agit que d’une mode passagère, ceux qui détiennent les rênes du pouvoir dans bon nombre d’entreprises n’ont pas encore osé franchir le pas de la conversation. Avec le temps, certaines de ces sociétés se font toutefois plus entreprenantes et, pour leur malheur, font l’erreur d’engager l’un de ces “ninjas”.

Voici donc quelques conseils pour débusquer ces vendeurs de vent et faire des choix judicieux la prochaine fois que vous engagerez des collaborateurs chargés de travailler avec vous sur les réseaux sociaux.

1. Il n’y a pas d’expert en réseaux sociaux. Si un candidat se réclame de cette trempe, il y a beaucoup de chance qu’il n’ait en fait jamais réellement travaillé de manière intelligente sur les réseaux. Ceux qui ont acquis une reconnaissance dans ce domaine sont les premiers à vous dire qu’ils sont continuellement en train d’apprendre, que la seule chose dont ils sont sûr, c’est qu’ils ne sont pas certains. La vitesse à laquelle les technologies évoluent et la fréquence à laquelle les individus trouvent de nouvelles manières de s’interconnecter sont telles qu’il est tout simplement stupide de croire que quelqu’un puisse un jour être un expert/gourou/ninja/master-king  en réseaux sociaux.

2. Si un candidat vous sort son nombre de followers sur Twitter ou d’amis sur Facebook comme preuve en acier trempé de sa compétence, il y a fort à parier que vous ayez affaire à un fraudeur. Plutôt que vous répéter pour enième fois que “le nombre de followers n’est en aucune manière révélatrice d’une quelconque “influence”, dites-vous juste que le compte @OMGJDBFACTS qui ne fait que retweeter de manière automatique des faits concernant Justin Bieber, a déjà plus de 4.000 followers. Vous voyez ce que je veux dire ?

3. Les réseaux sociaux ne sont pas nouveaux. Si un candidat vous jure que Friendster et Myspace étaient des pionniers, c’est qu’il n’est sans doute pas aussi impliqué dans le secteur que ce qu’il essaye de vous faire croire. Avant que “Social Media” ne devienne un buzzword, on parlait de “New Media” et encore avant cela de “Usenet” et de “chatroom”. Là où je veux en venir, c’est que les échanges et la communication à l’œuvre aujourd’hui existent depuis la minute-même où les premiers modem ont permis de se connecter aux réseaux. C’est juste qu’il est devenu extrêmement plus simple pour les non-technophiles de “rejoindre la conversation”.

4. Ca peut vous paraître évident, mais ça ne l’est pas forcément pour tout le monde. Avant d’engager quelqu’un pour s’occuper de vos initiatives sur les réseaux sociaux, assurez-vous que cette personne y est elle-même active. Demandez-lui où elle échange et partage en dehors de Facebook et Twitter et allez y faire un tour. Entre dire que l’on utilise Flickr, Digg, Tumblr, Stumbleupon, Reddit,etc. et les utiliser VRAIMENT, il y a souvent de la marge. Depuis quand ses profils existent-ils ? Sont-ils actifs ? Est-ce que ce candidat teste régulièrement les nouveaux outils/services qui apparaissent ? … Le but n’est bien sûr pas de trouver un candidat qui est présent sur absolument TOUS les réseaux sociaux, mais vous pouvez légitimement être sceptique si votre “gourou” n’est actif que sur Facebook et Twitter (et sur son blog “sur les réseaux sociaux”, évidemment). Pour une liste assez exhaustives des réseaux existants, jetez un œil sur Wikipedia.

5. Repérez le “Constant Marketer.” Il est assez facilement reconnaissable par son obsession à ne relayer exclusivement que ce qui se rapporte au marketing sur les réseaux sociaux. Pour vous en assurer, suivez-le sur Twitter. Si vous recevez une réponse automatique en direct message faisant la promo de son blog et vous assurant qu’il est “super excité que vous ayez choisi de le suivre et terriblement impatient d’échanger avec vous”, laissez tomber. Ce type n’a manifestement pas compris grand chose.

6. Demande à votre candidat comment il compte s’y prendre pour mesurer l’impact de son action sur les réseaux sociaux. S’il vous regarde avec des yeux de merlan frit ou qu’il vous assure qu’il n’y a pas vraiment moyen de suivre le succès de son activité, passez votre chemin. Les entreprises peuvent avoir des motivations différentes pour utiliser les réseaux sociaux, mais toutes ont des objectifs à remplir et veulent un retour mesurable sur leurs investissements.

7. Les usages créatifs des réseaux sociaux sont tellement nombreux que votre candidat doit bien avoir sa petite short list de “case” qui lui paraissent être les plus réussis. [NDT: Tim Baker cite ici l’opération de Ikea sur Facebook et celle de VisitPA avec Foursquare comme étant ses favorites. Perso, je suis assez admiratif de la manière dont, entre autres,  Coca-Cola et Starbucks ont réussis à utiliser la force du nombre de leurs utilisateurs (Victoria Secret aussi, mais pour d’autres raisons :-) . Rayon médias, le Guardian (opendata), le Huffington Post ou encore Spot.us m’épatent par la révolution qu’ils sont en train de provoquer]. Vous pouvez en tout cas poursuivre l’interview si votre candidat ne se limite pas à la dernière campagne Old Spice.

Bref, il y a certainement des gens qui peuvent aider votre entreprise à être encore plus performante grâce aux réseaux sociaux, mais vous allez devoir tailler à la hache dans la jungle des “wannabes” avant de trouver votre homme/femme idéal. En espérant que les quelques conseils ci-dessus vous y aident (et si vous en avez d’autres à partager, les commentaires sont à vous)

(Bonus: Pour un état des lieux et un éventail de guidelines pertinentes, je vous suggère d’aller jeter un œil au Livre Blanc des réseaux sociaux, édité par le Social Media Club France)

Publié initialement sur Blogging the News

Photo CC FlickR : John Ryan Brubaker, Carole Browne

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